Résultats et état, y compris les tendances (CI6)

Résultats et état, y compris les tendances (résumé)   

Parmi les études récentes sur les ENI, deux inventaires des espèces exotiques marines portant sur l’ensemble du bassin méditerranéen ont été publiés par Zenetos et al. (2010, 2012) et Galil (2012). En outre, plusieurs listes nationales d’ENI marines ont été publiées dans la littérature scientifique, la plupart d’entre elles au cours de la dernière décennie, en particulier pour la Croatie, Chypre, la Grèce, Israël, l’Italie, la Libye, le Liban, Malte, la Slovénie la Tunisie et la Turquie.

Résultats et état, y compris les tendances (détaillé)

La migration des espèces est un phénomène planétaire, et les moteurs sous-tendant le processus migratoire sont souvent de nature mondiale, même si les impacts sont observés à l’échelle locale. En 1955, la température de la mer Méditerranée a augmenté de 1,0 à 1,5 °C. L’augmentation de la température de l’eau due au changement climatique a accéléré le nombre d’espèces exotiques, phénomène qui porte le nom de tropicalisation. Toutes les introductions connues d’espèces exotiques ont été compilées dans la base de données en ligne Espèces Exotiques Envahissantes Marines de Méditerranée (MAMIAS; www.mamias.org),

développée par CAR/ASP en collaboration avec le Centre hellénique pour la recherche marine (HCMR). Selon la base de données MAMIAS, 1057 espèces non indigènes ont été signalées en Méditerranée (en excluant les espèces errantes et celles qui ont étendu leur aire de répartition sans l’aide de l’homme à travers le détroit de Gibraltar), parmi lesquelles 618 sont considérées comme établies. Parmi ces espèces établies, 106 ont été étiquetées comme envahissantes. Au sein des quatre sous-régions méditerranéennes, le plus grand nombre d’espèces exotiques établies a été signalé en Méditerranée orientale, et le plus faible nombre en mer Adriatique (Tableau 1).

En termes de richesse en espèces exotiques, le groupe dominant est celui des mollusques, suivi des crustacés, des polychètes, des macrophytes et des poissons (Figure 1). L’identité taxonomique des espèces exotiques diffère entre les quatre sous-bassins, les macrophytes constituant le groupe dominant en Méditerranée occidentale et centrale ainsi que dans la mer Adriatique (Tableau 1).

Table 1
Tableau 1: Informations résumée pour chaque sous-région méditerranéenne sur l'état des espèces exotiques envahissantes. Sources: MAMIAS, Zenetos et al. (2012)
Figure 1
Figure 1: Contribution des principaux taxons dans le biote marin exotique de Méditerranée. Modification de Zenetos et al. (2012).

Les ENI en mer Méditerranée sont liés à quatre principales voies d’introduction ; les corridors, la navigation (eaux de ballast et encrassement biologique de la coque (salissure)), aquaculture et commerce relatif à l’aquariophilie. Sur l’ensemble de la Méditerranée, les corridors constituent la voie la plus importante, au contraire de la situation en Europe, où la plus importante est la navigation (Figure 2). Néanmoins, l’importance des voies d’introduction des ENI varient entre les quatre sous-régions méditerranéennes, la navigation étant la plus importante en Méditerranée occidentale et centrale ainsi que dans l’Adriatique (Tableau 1). Une évaluation des « portes d’entrée » (c.-à-d. pays d’introduction initiale) des invasions exotiques dans les mers européennes (Nunes et al. 2014) a révélé des schémas géographiques marqués selon la voie d’introduction.

Figure 2
Figure 2: Number of marine alien species known or likely to have been introduced by each of the main pathways, in Europe (Eur) and the Mediterranean (Med). Percentages add to more than 100% as some species are linked to more than one pathway (blue percentages refer to the European total, while black percentages to the Mediterranean total). Uncertainty categories: (1) there is direct evidence of a pathway/vector; (2) a most likely pathway/vector can be inferred; (3) one or more possible pathways/vectors can be inferred; (4) unknown (not shown in the graph). Modified from Katsanevakis et al. (2013), Zenetos et al. (2012).

Les nouvelles introductions d’espèces exotiques en Méditerranée suivent une tendance croissante en termes de taux de nouvelles introductions avec un accroissement de 30,7 espèces par décennie, pour un taux actuel de nouvelles introductions (depuis les années 2000) supérieur à 200 nouvelles espèces par décennie (Figure 3).

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Figure 3: Tendance de nouvelles introductions d'espèces marines exotiques par décennie en Méditerranée. Source : MAMIAS

Cette tendance croissante du taux de nouvelles introductions reflète toutefois principalement les nouvelles introductions en Méditerranée orientale, alors que ce taux décroît dans les autres sous-régions (Figure 4). Toutefois, ce nombre plus petit de nouvelles introductions au cours de la dernière décennie peut également être dû à un artefact, lié au retard (souvent de plusieurs années) entre la date d’introduction, l’observation et le signalement des espèces. Il n’est ainsi pour l’instant pas possible d’affirmer fermement les tendances à la baisse des dernières années.

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Figure 4: Tendance de nouvelles introductions d'espèces marines exotiques par décennie dans les sous-régions de la mer Méditerranée (est, centre, ouest de la Méditerranée, et la mer Adriatique). Source : MAMIAS

L’incidence cumulative d’espèces exotiques sur les habitats marins méditerranéens a été récemment évaluée et cartographiée à l’aide de l’indice CIMPAL, un modèle additif pessimiste fondé sur les répartitions d’espèces exotiques et d’habitats, ainsi que l’ampleur signalée des impacts écologiques et la force d’une telle preuve (Katsanevakis et al. 2016). L’indice CIMALP a montré une forte hétérogénéité spatiale, et l’incidence était largement limitée aux zones côtières (Figure 5).

Figure 5
Figure 5: Plan du score de l'incidence cumulative (CIMPAL) des espèces exotiques envahissantes sur les habitats marins. Modification de Katsanevakis et al (2016).